Internet vous offre le monde à portée de clic. Sous ses aspects éthérés, la digitalisation de la société a pourtant des effets bien tangibles. Une recherche, ce sont quelques mots tapés sur un clavier, quelques clics, mais aussi un morceau de charbon brûlé ou de l’uranium exploité. Moins sexy que votre Mac aux formes épurées, n’est-ce pas ? Heureusement, vous êtes de plus en plus attentif aux conséquences de vos actions. Vous cherchez des solutions alternatives, notamment pour réduire la pollution atmosphérique. Certaines organisations l’ont bien compris et vous proposent des moteurs de recherche éthiques. Surfant sur la mouvance de la responsabilité citoyenne, des acteurs tels que Lilo, Ecosia ou Ecogine vous offrent un petit exploit : surfer sur le Net en soutenant des projets écologiques et humanitaires. Ces moteurs de recherche éco-responsables soulagent votre conscience, mais sont-ils vraiment efficaces ? C’est la question à laquelle cet article va tenter de répondre !

Les moteurs de recherche éthiques : qui sont-ils et que font-ils ?

Le Candide qui sommeille en vous va subir sa première déception : il s’agit de métamoteurs. Autrement dit, ces moteurs de recherche solidaires utilisent la technologie de Google, Yahoo et Bing. Mieux encore : ils utilisent aussi leur régie publicitaire. Mais je ne voudrais pas vous divulgâcher l’article…

Ces informations traumatisantes ne doivent pas occulter votre jugement lorsque vous découvrirez :

  • Ecosia, dont le credo est de planter des arbres pour compenser le CO2 émis par les recherches en ligne.
  • Écogine qui collecte de l’argent lors de chaque recherche et le reverse aux associations environnementales plébiscitées par les internautes.
  • Lilo qui attribue 50 % de son chiffre d’affaires aux associations humanitaires et environnementales choisies par les utilisateurs

J’épinglerai également Qwant, dont la promesse est de protéger votre vie privée, et Duck Duck Go, qui vous garantit une navigation intraçable. Ils n’ont pas été analysés : cet article se concentre sur les moteurs de recherche éco-responsables ou solidaires.

Les rejets de CO2 générés par vos recherches en ligne

Les origines de la pollution digitale

Si vous cherchez un moteur de recherche éthique, c’est parce que vous êtes déjà conscientisé au développement durable et à la préservation de notre écosystème. Vous savez que vous devez adopter une attitude responsable lorsque vous consultez ou publiez du contenu sur le Web. Mais savez-vous vraiment pourquoi ? Connaissez-vous l’ampleur de la pollution digitale ?

Selon le Centre national pour la recherche scientifique :

  • 30 % du coût énergétique d’une requête en ligne viennent de vos équipements : ordinateur, tablette, smartphone, assistant personnel…
  • 30 % sont attribués aux datacenters qui stockent les données du moteur de recherche et des sites sur lesquels vous naviguez.
  • 40 % de l’énergie alimentent les réseaux : routeur, antennes, câbles aériens ou sous-marins, satellites…

🌿 La solution idéale face à la pollution digitale consisterait à réduire les besoins énergétiques de ces composants. Comment ?

  • Avec une utilisation plus raisonnée de vos équipements : éteignez vos appareils lorsqu’ils ne sont pas utilisés (y compris votre routeur), gardez vos sites préférés en favoris pour y accéder directement, limitez le nombre d’articles consultés sur le même sujet…
  • Grâce à une action des gestionnaires de datacenters : limitation de leur puissance aux heures de moindre affluence, ventilation naturelle, choix des emplacements les plus adaptés (régions froides)…
  • Avec une responsabilisation des acteurs du Net : les rédacteurs web et leurs clients ont un rôle crucial à jouer. Le mot d’ordre doit être la qualité : publier moins, mais mieux. Pour y arriver, il faut privilégier les articles à forte valeur ajoutée au détriment des textes au kilomètre dignes d’un logiciel de content spinning. En plus, cela rend votre activité de rédacteur bien plus intéressante :

Les sources d’énergie les plus courantes

Ces équipements sont généralement alimentés grâce :

  • aux centrales thermiques à flamme (gaz et charbon) ou nucléaires ;
  • aux énergies (plus) propres (solaire, éolienne, géothermique et hydraulique).

⚡ Selon une étude commanditée par Ecogine, une recherche en ligne découlant sur la consultation de 5 pages web rejette 10 grammes de CO2 dans l’atmosphère.

🌿 Pour réduire les rejets de carbone et éviter les risques du nucléaire, les énergies renouvelables constituent une solution intéressante, bien qu’imparfaite. Leur collecte et leur traitement supposent souvent l’utilisation d’énergies polluantes. De plus, elles sont instables et ne permettent pas, à l’heure actuelle, d’assurer l’accès aux données sans interruption ou ralentissements. Leur usage exclusif est donc impossible, ce qui explique l’usage massif des crédits carbone.

Le joker écologique : le crédit carbone

Le terme issu des accords de Kyoto a été galvaudé et prend maintenant trois formes majoritaires :

  • L’échange de quotas : une entreprise ou un État polluant peut acheter des crédits carbone auprès d’une société ou d’un pays investi dans un projet bas carbone. L’objectif est de ne pas dépasser un niveau prédéterminé de rejet de CO2 dans l’atmosphère. Il s’agit du système mis en place par les accords de Kyoto et contraignant pour ses signataires. Certaines entreprises l’utilisent volontairement en achetant leurs crédits auprès d’un courtier. Le point négatif de ces échanges ? Ils se font au niveau global. Des rejets de carbone à Delhi peuvent-ils réellement être compensés par l’achat de crédits à une entreprise écoresponsable de Calgary ?
  • La compensation par la reforestation : l’entreprise polluante achète des crédits octroyés par une organisation en charge de la plantation d’arbres. L’objectif poursuivi est la séquestration carbone : les arbres doivent absorber le carbone rejeté. Grâce à ce système, une entreprise peut afficher un bilan carbone neutre, tout en continuant à polluer 🤥. Malheureusement, un arbre planté n’est pas un arbre qui pousse. En outre, l’absorption de carbone par un arbre varie en raison de son âge et de son essence.
  • La compensation par la réinjection d’énergie propre sur le réseau : l’entreprise produit ou achète de l’énergie verte qu’elle n’utilise que partiellement. Le reste de ses besoins est assuré par des sources polluantes. Pour parvenir à la « neutralité », elle réinjecte sur le réseau une quantité d’énergie propre équivalente à l’énergie polluante consommée. Ce système, notamment utilisé par Google, permet de pallier l’instabilité des énergies propres.

Maintenant que ces bases sont posées, je vous propose de passer à l’analyse des trois moteurs de recherche éthiques les plus connus en France.

Les moteurs de recherche écologiques compensent-ils réellement la pollution ?

Ecosia

Présentation

Moteur de recherche vert le plus connu du marché, Ecosia attire de plus en plus d’utilisateurs soucieux de l’environnement. Son fer de lance ? La reforestation. Il s’agit d’une association sans but lucratif. Ses résultats de recherche et les encarts publicitaires sont fournis par Bing.

Fonctionnement moteur de recherche écologique

Les actions écologiques d’Ecosia

L’association investit ses bénéfices dans la plantation d’arbres dans l’hémisphère Sud et travaille avec des partenaires locaux. Contrairement à une idée reçue, une seule recherche sur Ecosia ne permet pas de planter un arbre. Il en faut environ 45 pour générer les revenus suffisants à la plantation d’un arbre.

Les opinions divergent à cet égard dans le milieu scientifique, mais en moyenne un arbre absorbe entre 20 et 50 kg de CO2 par an. Les 10 grammes de carbone rejetés par recherche sont donc largement compensés par Ecosia.

Jouant la transparence, l’association admet que tous les arbres ne parviennent pas à maturité, mais elle prend en compte les pertes dans son compteur. Le nombre d’arbres en bonne santé fait d’abord l’objet d’une évaluation statistique. Il est ensuite confirmé par des images satellites.

Ecosia a également construit deux centrales photovoltaïques pour couvrir ses besoins en électricité. Cela fait donc un bilan carbone plus que prometteur pour le futur de la planète.

Les actions environnementales de son partenaire

Malheureusement, il s’agit d’une relation à trois : vous, Ecosia et Bing ! Ce tableau positif doit donc être nuancé. Si Bing n’est pas vert… Ecosia ne l’est pas non plus.

Bien entendu, Bing et Ecosia vous informent, la bouche en cœur, qu’ils sont parfaitement verts. Parfaitement ? Bing respecterait la neutralité carbone. Si vous cliquez sur le lien fourni par Ecosia pour vérifier ces dires, vous arriverez sur une page où il est bien difficile de trouver des réponses.

Un article du blog de Microsoft apporte plus d’informations : l’entreprise technologique aurait atteint la cible des 50 % d’énergies renouvelables pour alimenter ses datacenters. Pour annoncer la neutralité carbone, Microsoft utilise donc un mécanisme de compensation. Ses ambitions environnementales sont pourtant importantes : il souhaite avoir un impact carbone négatif — ce qui signifie ne plus en rejeter, mais aussi en capter — à l’horizon 2030.

Ecogine

Présentation

Développé en 2008 par 3 étudiants français, ce moteur de recherche éthique commence doucement à se faire une place dans la cour des grands. La page d’information a l’avantage de la simplicité et annonce directement que les résultats de recherche sont fournis par Google France. Pourquoi utiliser Ecogine dans ce cas ? Parce que chaque recherche effectuée via ce métamoteur — ou plutôt chaque clic sur une publicité — alimente les caisses de l’association Ecogine.org.

Vous êtes rédacteur web ? Ce métamoteur pourrait être le chaînon manquant de votre activité écoresponsable ! En effet, vous continuez à bénéficier des algorithmes de Google tout en soutenant une cause écologique.

Fonctionnement moteur de recherche alternatif

Les actions écologiques d’Ecogine

L’argent récolté sert à financer les projets d’associations environnementales élues par les utilisateurs une à deux fois par an. Françaises ou étrangères, elles visent la préservation de la nature au sens large (soins aux animaux, préservation de la biodiversité et des fonds marins, reforestation…).

Pour compenser la consommation énergétique des requêtes effectuées sur le métamoteur, Ecogine verse 10 % de ses revenus publicitaires à un organisme de financement de projets de développement durable. Il s’agit donc d’un mécanisme de compensation.

Enfin, il utilise les services d’un hébergeur écologiquement neutre : Infomaniak. Cet hébergeur dispose d’un centre de données en Suisse dont la particularité est d’être naturellement ventilé, sans recourir à la climatisation, et d’être alimenté exclusivement par des énergies renouvelables. De plus, 1 % de son chiffre d’affaires est reversé à des associations environnementales ou sociales.

Le bilan est donc positif pour ce nouvel acteur de l’économie digitale verte.

Les actions environnementales de son partenaire

L’implication écologique de Google doit être prise en compte pour évaluer correctement les bénéfices de l’utilisation de ce moteur de recherche solidaire. Vous trouverez de nombreuses informations sur le système de compensation carbone utilisé par Google sur la page relative à ses centres de données. Ils ne seraient alimentés par des énergies renouvelables que pour 30 %. Toutefois, le géant américain rachète et produit beaucoup plus d’énergie propre qui est alors remise sur le réseau. Elle sert à compenser, voire dépasser si on en croit le rapport environnemental, les 70 % d’énergies non renouvelables qui permettent d’assurer le fonctionnement continu des serveurs.

Lilo

Présentation

Lilo est un moteur de recherche éthique qui permet aux internautes de soutenir des actions environnementales ou sociales. 50 % du chiffre d’affaires de la société française est consacré à cet objectif. Étonnement, Lilo poursuit un but lucratif ce qui explique son statut de SAS et non d’association. Les résultats de recherche viennent de Google, Bing ou Yahoo.

Fonctionnement-moteur-recherche-engagé

Les actions écologiques et humanitaires de Lilo

Pour compenser les rejets de CO2 de ses activités, Lilo verse 10 % de l’argent récolté pour des initiatives de compensation carbone, sans préciser exactement lesquelles. Le reste est librement réparti en fonction des gouttes d’eau attribuées à chaque association. En effet, une recherche sur Lilo donne droit à une goutte d’eau — on appréciera la métaphore 😉 — que l’utilisateur peut dépenser pour soutenir un projet. Une goutte d’eau n’a pas de valeur précise, car elle dépend des revenus générés par Lilo. En moyenne, 1 000 gouttes d’eau valent entre 2 et 3 €.

Sur la page consacrée à la vie privée, vous pouvez découvrir que Lilo utilise les services d’hébergement d’OVH et d’Online. Une rapide recherche sur leurs sites révèle que l’environnement ne semble pas être leur préoccupation principale. Cela mitige donc le bilan écologique de Lilo. Il faut toutefois garder à l’esprit que ce moteur ne vise pas précisément la préservation de la nature, mais plutôt les actions humanitaires au sens large.

Les actions environnementales de ses partenaires

Les résultats de recherche sont fournis par Google, Yahoo et Bing. Il est impossible de déterminer la part de chaque grand moteur dans les résultats de Lilo. Les résultats écologiques de Bing et Google ont déjà été analysés. Ceux de Yahoo sont difficiles à trouver. Selon un rapport de Greenpeace, Yahoo semble être l’un des moteurs de recherche qui utilise la plus grande partie d’énergies renouvelables. Sa note globale est toutefois tempérée par son manque de transparence.

Ces moteurs de recherche solidaires prennent-ils soin de votre vie privée ?

En les lisant, vous serez rassuré de découvrir que la protection de vos données leur tient particulièrement à cœur.

Votre petit Candide intérieur va vivre sa seconde désillusion :  ils utilisent tous la régie publicitaire de leurs partenaires (Google, Bing ou Yahoo). Ce système de financement est logique et leur permet de soutenir leurs actions environnementales et sociales. Il a toutefois un impact : une publicité ne peut dégager de l’argent que si elle est ciblée. Cela nécessite la collecte, au moins partielle et temporaire, de certaines informations personnelles. Si ce sujet vous inquiète, je vous conseille de consulter les pages « vie privée » d’Ecosia, d’Ecogine et de Lilo. Qu’il s’agisse d’un moteur éthique ou généraliste, vous avez toujours la possibilité de refuser de transmettre vos données.

😵 Voyez-vous le dilemme ? Vous pouvez refuser de divulguer vos préférences ou bloquer les publicités. Dans ce cas, vous refusez aussi de participer au système de financement de ces organisations. Et sans argent, il n’y a pas d’arbres plantés, pas d’animaux sauvés…

Pour quel moteur de recherche écolo opterez-vous ?

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, c’est que vous ne devez pas renoncer à la qualité des résultats de recherche pour soutenir un projet de développement durable. La mauvaise, c’est qu’aucun de ces moteurs de recherche éthiques n’est parfait. Ils reposent tous, en grande partie, sur un mécanisme de compensation.

Alors, si vous voulez continuer à surfer, vous devrez admettre cette logique. Vous rejetez du CO2 ou détruisez des ressources, mais vous pouvez chercher un équilibre en utilisant un moteur de recherche solidaire. Les arbres d’Ecosia sont sans doute trop loin des centrales électriques pour séquestrer le carbone rejeté. Vous ne solutionnez pas la pollution atmosphérique lorsque vous choisissez une initiative de préservation des fonds marins proposée par Ecogine. Vous regrettez sans doute que Lilo n’utilise pas un hébergeur vert. Vous aimeriez peut-être que vos recherches ne profitent pas à des multinationales. Mais ce faisant, vous soutenez une action durable. Sous prétexte qu’elle n’est pas parfaite, vaut-il mieux s’abstenir et la taxer de greenwashing ?

🌎 Moi, j’ai choisi l’action. Et vous ?

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Anne Beckers – Correctrice et coach dans l’équipe de Lucie Rondelet et ancienne élève Origami

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