On ne présente plus le maître de l’horreur : Stephen King. Mais connaissez-vous Écriture, son seul livre de non-fiction traitant… de littérature! De Carrie à Brume, en passant par Cujo — trois best-sellers parmi ses nombreux livres —, vous saurez tout sur l’histoire du romancier états-unien et surtout, oui, surtout, vous apprendrez une foule de trucs et astuces pour devenir écrivain.
Vous êtes rédacteur web ou vous hésitez à vous reconvertir ? Ne partez pas non plus : Écriture de Stephen King enrichira considérablement votre vision du métier. Bref, que vous soyez un futur romancier ou une plume du Net, n’attendez plus : embarquez dès maintenant dans ce formidable bouquin. J’en ai résumé les sept principaux ingrédients rien que pour vous !

1. L’écriture est une activité manuelle

Premier point à retenir de cet ouvrage : Stephen King est un pragmatique, il vous raconte ce qu’il sait de son activité d’écrivain sans fioritures inutiles. Ici, aucune théorie absconse, rien de difficile à digérer : des métaphores et des prises de position limpides, des conseils clairs comme de l’eau de roche. La preuve par quatre.

Le sous-titre : Mémoires d’un métier

Pour l’auteur de Simetierre, écrire relève bel et bien d’un métier (craft en anglais), dans le sens d’une activité corporelle qui exige des techniques, des gestes et des rituels spécifiques. Pas simplement un job que l’on ferait pour de l’argent, non. Sûrement pas, d’ailleurs ! Plutôt une passion pour les histoires qui se transforme progressivement en une habitude quotidienne de maniement des mots.

Mais King prévient d’emblée : tous les écrivains débutants ne réussiront pas. Certains parce qu’ils manquent de talent, d’autres parce qu’ils manquent de confiance et de ténacité. Si vous avez ces trois éléments dans votre équipement de base, alors lancez-vous : vous acquerrez, par la pratique répétée, les compétences nécessaires à l’exercice professionnel de votre vocation !

« [S]’il est impossible de faire d’un mauvais écrivain un écrivain compétent, tout comme il est impossible de faire un grand écrivain d’un écrivain compétent, il est en revanche possible, avec beaucoup d’efforts, de faire un bon écrivain à partir d’un écrivain simplement compétent. » (Stephen King, Écriture, p. 180-181)

La métaphore du fossile

Afin de donner à voir clairement sa conception de l’écriture, King utilise une métaphore puissante. Imaginez-vous que votre idée de livre soit un fossile. Vous le repérez et vous commencez à vous y intéresser. Avec un peu de courage, vous allez creuser et découvrir qu’il est plus grand que prévu. Il vous faut le manipuler avec précaution, utiliser des outils pour le dégager du sol avec un minimum de perte ou de casse. Une fois déterré, vous l’exposez joliment dans un écrin à sa mesure et vous lui donnez une signification précise.

Il en va de façon semblable avec la rédaction d’un ouvrage de fiction (ou d’un article, si vous êtes rédacteur web). Vous devez l’excaver de cette zone, entre le connu et l’inconnu, dans laquelle il repose ! En utilisant les bons outils, en vous disposant bien à son égard et en apprenant les techniques adéquates, vous deviendrez capable de dévoiler votre ouvrage au monde.

Et la comparaison de la boîte à outils !

Vous vous demandez avec quoi procéder ? Le vocabulaire, la grammaire, le style, etc. sont comme les compartiments d’une boîte à outils à votre disposition. Pour commencer à écrire, vous devez vous doter de ces éléments. Ce sera votre matériel d’archéologue écrivain. Avec l’un, vous ferez apparaître des parties entières du fossile ; avec l’autre, vous l’extirperez des profondeurs de votre pensée.

Mais pas de faux espoir : Écriture de Stephen King ne vous offrira pas les outils tout neufs, déjà à disposition. Pour autant, l’auteur se veut rassurant : partez avec ce dont vous disposez, et remplissez progressivement la boîte.

Mais monsieur Muse, alors ?

Vous avez un fossile et des outils, d’accord. Mais où trouver le gisement d’idées ? Eh bien, à chacun de trouver le genre de sa muse. Pour King, l’inspiration est un homme. Et plutôt fainéant ! Voyez plutôt comment il le décrit :

« Il y a un monsieur Muse, mais il ne va pas descendre en voletant dans votre bureau pour répandre sa poudre de fée créatrice sur votre machine à écrire ou votre traitement de texte. Il a les pieds sur terre. Il occupe même le sous-sol. Vous devez descendre à son niveau et, une fois là, lui meubler le local pour qu’il y vive. En d’autres termes, vous devez vous taper tout le travail de force pendant que monsieur Muse paresse […]. Il est juste que vous vous tapiez toutes les corvées et que ce soit l’huile de votre lampe qui brûle, car le type au cigare et aux petites ailes possède un sac magique. Avec dedans des trucs qui peuvent vous changer la vie. » (King, Écriture, p. 183-184)

En d’autres termes, la magie de l’inspiration vient s’incorporer au caractère manuel de l’écriture. Comme le dit encore le maître de l’horreur : « Faites-lui savoir que vous êtes là de 7 à 16 heures ». La créativité a besoin de contraintes et d’habitudes. De la magie oui, des chimères abstraites et de la procrastination, non !

2. L’histoire de Stephen King à travers son autobiographie

Écrire est un métier. Bien. Voici maintenant le deuxième point essentiel à retenir de ce livre : l’histoire de Stephen King. On y voit comment sa passion s’y est développée sous les auspices favorables, et parfois défavorables, de son entourage et de son milieu. Résumons le propos en trois grands traits.

L’enfance du maître de l’horreur

Enfant, c’est sa mère qui lui donne l’impulsion fatidique : « Écris ta propre histoire, lui dit-elle. Inventes-en une toi-même. » Le petit Stevie n’a pas besoin de plus pour que s’établisse la prise de confiance initiale, et qu’un « fabuleux sentiment de possibilité [l’envahisse] à cette idée » (King, Écriture, p. 34).

Pourtant, la vie n’est pas particulièrement rose, entre les affres d’une mère célibataire, d’un père inconnu et des nombreux déménagements dans les zones rurales et les quartiers populaires… Heureusement, King a son grand frère, ainsi que le cinéma et la lecture qui lui donnent goût à quelque chose qui ne le quittera plus : l’horreur et le fantastique.

Carrie et les débuts du succès

Le jeune King n’attend pas pour écrire : vers quinze ans, il a déjà tenté de se faire publier à plusieurs reprises. Motivé, il empile les refus sans sourciller. Jusqu’au jour fameux où… Il reçoit la nouvelle de la publication de Carrie. Il a alors 24 ans, est professeur dans un lycée et a déjà publié quelques nouvelles dans des magazines de science-fiction et de fantaisy.

C’est le début d’une carrière d’auteur — et de collaborateur pour le cinéma — où King ira de succès en succès. Il publie Shining, Misery, The Tommyknockers, etc. Malgré la réussite, Stephen King n’est pas au mieux de sa forme. Il doit, en fait, vaincre de redoutables démons : l’alcool et les drogues.

Du jeune écrivain au romancier confirmé

Analysez quelque peu chacun des ouvrages cités ci-dessus et vous y découvrirez un lien avec les substances narcotiques et la boisson. Aucun livre n’est exempt d’éléments autobiographiques, c’est certain. Quoi qu’il en soit, le maître de l’horreur parvient à la sobriété. Ce qu’il doit à sa famille, et en particulier à sa femme.

King, en effet, ne cesse d’y insister : sa femme, Tabitha, est pour lui comme un phare, un élément essentiel de sa réussite. C’est elle qui l’a aidé à s’en sortir ; c’est elle aussi qui l’encourage et le relit ; c’est elle, en somme, qui en a fait le romancier qu’il est aujourd’hui.

« Lorsqu’on me demande quel est « le secret de mon succès », question absurde […] je réponds parfois qu’il y en a deux : le fait que j’ai toujours été en bonne santé […] et le fait que je sois resté marié. » (Stephen King, Écriture, p. 196)

3. Les façons de cultiver l’inspiration selon Stephen King, dans Écriture, mémoires d’un métier

Troisième point à graver au fer rouge dans votre esprit d’écrivain débutant (ou de rédacteur web) : l’inspiration ne tombe pas du ciel, comme par enchantement. On l’a vu, le monsieur Muse de King est plutôt un homme de la cave, qui a besoin de savoir à quelle heure il peut venir s’incruster dans les replis du cerveau du maître. Et s’il en allait de même pour vous ? Dans ce cas, soyez particulièrement vigilant aux 5 points suivants.

Lire beaucoup

Pour l’auteur de Dolores Clayborne et de La Ligne verte, lire est comme respirer. Avoir un livre sur soi, écouter des livres audio enregistrés, dès que c’est possible (en voiture, dans une salle d’attente, etc.) : le romancier états-unien adore ça, tout simplement. Mais c’est aussi l’une des principales recommandations qu’il donne à celui qui veut écrire.

Il ne s’agit pas d’acquérir un savoir académique, mais d’apprendre des trucs et de se donner de la force :

  • Les mauvais livres vous enseigneront les embûches et vous donneront du courage (vous penserez : « Je peux faire mieux que ça ! ») ;
  • Les bons livres vous apporteront des leçons de style, de narration, de développement scénaristique ;
  • Les excellents — les classiques — vous inciteront à viser plus haut, au-delà de tout découragement.

D’ailleurs, n’hésitez pas à utiliser quelque temps le style des auteurs qui vous plaisent. C’est même là un processus d’apprentissage essentiel. Peu à peu, mélangez les différentes références et créez votre propre personnalité littéraire.

Organiser son temps

Stephen King écrit 2 000 mots par jour ; c’est sa « ration » personnelle. Mais ce nombre varie fortement d’un écrivain à l’autre. À titre indicatif, l’auteur de Ça conseille au romancier débutant de rédiger 1 000 mots quotidiens. Mais le plus important, selon lui, est d’apprendre à se connaître, puis de décider ce qui nous convient et d’organiser son temps à partir de là.

En général, deux systèmes fonctionnent bien : soit vous comptez en mots (et alors vous ne sortez pas de votre bureau avant d’avoir écrit ce nombre), soit vous comptez en heures (et alors vous sortez de votre bureau, quel que soit le nombre de mots écrits au terme des x heures décidées).

Par ailleurs, le romancier invite les aspirants écrivains à :

  • Commencer rapidement, une fois l’idée trouvée ;
  • Ne pas s’arrêter, une fois le travail commencé.

« On n’écrit jamais aussi bien — et ceci est toujours, toujours vrai — que lorsqu’il s’agit de jouer à une sorte de jeu inspiré. Je peux au besoin écrire de sang-froid, mais je me sens beaucoup mieux lorsque tout est neuf, tout nouveau, et presque trop brûlant pour l’attraper. » (Stephen King, Écriture, p. 195)

Agencer son espace de travail

C’est l’un des points sur lesquels le maître insiste le plus : pour faire advenir l’inspiration, il est indispensable de se sentir stable et en sécurité. Concrètement, il s’agit de se mettre au calme, dans un environnement de travail bien aménagé, mais modeste.

À ce propos, l’auteur raconte une anecdote relative à un bureau de luxe qu’il avait installé au milieu d’une grande pièce. C’était après le succès de Carrie, dans un manoir qu’il venait d’acquérir. Baigné de luxe, et pourtant en pleine panne rédactionnelle : il lui était tout simplement devenu impossible d’écrire dans un milieu si guindé, avec l’énorme meuble dominant la salle.

Encore aujourd’hui, King préfère écrire sur une petite table adossée à un mur, bien éclairée et tranquille. La quiétude est importante, mais il ne sert à rien de la surévaluer non plus : le romancier propose même de voir les inévitables distractions (les enfants qui débarquent, par exemple), comme de petites perles qui pourront peut-être enrichir le récit en cours ou donner de nouvelles idées.

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Stephen King dans son bureau
Crédits photo : https://club-stephenking.fr/

Composer « porte fermée »

Si les distractions ne doivent pas être rejetées lorsqu’elles surviennent, elles doivent néanmoins être limitées autant que possible. Pourquoi ? Eh bien, car l’écrivain cherche à créer un nouvel univers et il a donc besoin de se couper provisoirement de celui qui l’entoure.

Fermez donc la porte pendant toute la durée de votre session d’écriture. C’est la meilleure manière de mettre monsieur Muse dans les meilleures dispositions pour vous rendre visite aux heures prévues. Par ailleurs, rassurez-vous : vous aurez bien assez le temps d’ouvrir la porte ensuite (voir le sixième point) !

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Dire la vérité

C’est une autre règle d’or : n’écrivez que sur des choses que vous maîtrisez. On ne parle pas ici de savoir certifié, mais des connaissances de la vie. Utilisez toutes vos expériences et dites la vérité. Ne mentez pas sur les réactions, sur les peurs, sur les besoins — ni ceux des autres ni les vôtres ! Quoi que vous ayez envie de raconter et quel que soit le genre choisi (de la science-fiction à la romance), faites exister la vie réelle dans vos écrits.

« Écrivez ce que vous avez envie d’écrire, insufflez-y de la vie et rendrez votre texte unique en y mêlant ce que vous savez de l’existence, de l’amitié, des relations humaines, du sexe, du travail. En particulier du travail. Les gens adorent qu’on leur parle du travail. » (Stephen King, Écriture, p. 206)

4. La boîte à outils de l’écrivain : les conseils d’écriture du roi de l’horreur et du suspense

Vous avez pris le temps de lire et de consacrer du temps et de l’espace à l’écriture. Vous avez même repéré un fossile — peut-être discrètement posé là par monsieur Muse. Maintenant, que faire ? Utiliser votre boîte à outils ! Quatrième point à retenir : écrire requiert une série d’ustensiles rangés par degré d’importance. Prêt à mettre les mains dans le cambouis ? On y va.

Le vocabulaire

Bien sûr, la maîtrise du vocabulaire est capitale. Pourtant, le romancier états-unien n’adopte pas d’attitude hautaine par rapport à cette question. Pas besoin d’avoir un sentiment d’infériorité. Utilisez celui que vous connaissez à bon escient, c’est tout. À force de lectures, votre vocabulaire s’enrichira naturellement.

Surtout, ne surjouez pas. Soyez simple.

« N’oubliez jamais que la première règle, en matière de vocabulaire, est d’utiliser le premier mot qui vous vient à l’esprit, s’il est approprié et expressif. » (Stephen King, Écriture, p. 151)

La grammaire

Deuxième compartiment essentiel de votre boîte à outils d’écrivain débutant : celui de la grammaire. Ici, King se fait plus professoral : ce n’est peut-être pas ce que vous préférez, mais acquérir quelques règles de base en cette matière est indispensable.

Là-dessus, donc, pas de plainte inutile. Il faut l’apprendre, un point c’est tout. On écrit mieux sans faire de fautes, on a aussi plus de souplesse. Certes, certains romanciers se jouent des règles de grammaire — et d’ailleurs, pourquoi pas ! Mais auparavant, il faut les connaître.

Parmi les conseils donnés par le romancier, retenons-en deux qui concernent aussi bien à la littérature que la rédaction web :

  • Préférez les phrases à la voix active (évitez la voix passive) ;
  • Soyez parcimonieux avec les adverbes.

Le style

Si vous descendez dans le fond de votre boîte à outils, vous y trouverez des ustensiles permettant de chouchouter votre fossile. En fait, le jeune écrivain a souvent le réflexe d’en faire trop, alors qu’une écriture sans affectation est préférable. Voici quelques conseils supplémentaires donnés par le maître de l’horreur :

  • Utilisez des mots puissants, mais simples ;
  • Placez l’élément le plus important de la phrase à la fin ;
  • Plutôt que de tourner autour du pot, soyez franc et direct.

⏩ Pour aller plus loin : améliorer son style d’écriture grâce à 8 conseils pratiques

Le paragraphe

Le paragraphe est un outil essentiel de présentation de vos idées. Il donne du rythme à la lecture. Vous pouvez faire ressortir un élément particulier (une phrase peut très bien constituer un paragraphe, si vous voulez en montrer toute l’importance) ou décrire une situation complexe. C’est à votre guise.

« Lorsqu’on compose, il vaut mieux ne pas trop penser aux coupures des paragraphes ; l’astuce est de les laisser s’imposer de façon naturelle. Vous pouvez toujours corriger le tir plus tard si ça ne vous plaît pas. C’est la raison d’être de la relecture. » (Stephen King, Écriture, p. 170-171)

5. Les techniques d’écriture d’un roman

Cinquième point : si vous voulez devenir écrivain, il vous faudra encore savoir manipuler vos outils d’une certaine façon pour déterrer au mieux votre fossile. Dans cette partie, je vous résume les six manœuvres proposées par Stephen King pour ciseler vos textes avec brio.

Se focaliser sur la situation

Ne partez pas de nulle part. Choisissez une situation narrative qui vous plaît. Par exemple, celle d’un écrivain qui se fait prendre en otage par l’une de ses fans (Misery). À partir de là, voyez ce qui se passe et développez. Bref, posez-vous la question : Et si jamais ?

Les idées de situation surviennent à n’importe quel moment : sous la douche, en rêve, en voiture, etc. King fait une différence entre l’histoire, qui est l’art de narrer la manière dont les personnages se sortent d’une situation, et l’intrigue qui consiste à tout prévoir du début à la fin, en manipulant les personnages. Privilégiez la première option. Ne cherchez pas à tout maîtriser.

« Pourquoi vouloir tout contrôler ? Pourquoi se montrer obsessionnel ? Tôt ou tard, une histoire doit bien aboutir quelque part. » (Stephen King, Écriture, p. 212)

Décrire, plutôt qu’expliquer

Ne perdez pas votre temps en explications infinies (sur les comportements de vos personnages, par exemple). Décrivez, c’est-à-dire montrez les choses : cela est rudement plus efficace et producteur d’imagination pour votre lecteur.

La règle est qu’il faut savoir décrire, sans trop écrire. Une description trop brève et le lecteur ne comprendra rien à la situation. Mais une description trop longue, bourrée de détails inutiles, et il s’ennuiera ferme. Une seule solution : il faut lui faire confiance pour ressaisir les scènes à partir de ses propres connaissances. Laissez-le compléter par lui-même vos descriptions !

Vous pourriez aussi utiliser les comparaisons, qui peuvent donner à voir une réalité sans l’expliquer à proprement parler. Ici, vous utilisez des éléments connus du lecteur pour le faire entrer dans votre univers et lui en faire percevoir certaines caractéristiques.

Ciseler les dialogues

Faire parler les personnages est l’une des meilleures façons de montrer, plutôt que d’expliquer. Pas besoin de dire que votre personnage est intelligent ou bête, si vous lui faites tenir des propos benêts ou brillants. Le lecteur comprendra à qui il a affaire.

Autre point d’attention, lié au précédent : écrivez les mots qu’utiliseraient les personnages — ou pour le dire de façon plus formelle, ne changez pas de niveau de langage. Si vous faites parler un écolier de six ans, veillez à utiliser le vocabulaire qu’il emploierait naturellement.

Élaborer des personnages crédibles

Peu à peu, vos personnages vont prendre forme. Ils s’élaboreront en fonction de la situation dans laquelle vous les avez mis. Ils prendront doucement la parole, jusqu’à vous obliger, dit l’auteur de Salem, à les faire agir d’une certaine façon !

« [F]aire en sorte que ces personnages de fiction se comportent d’une manière qui contribue à faire avancer l’histoire et nous paraisse en même temps raisonnable, en fonction de ce que nous savons d’eux (et de ce que nous savons de la vie réelle, bien entendu). Et si vous faites bien votre boulot, vos personnages prendront vie et commenceront à faire des choses d’eux-mêmes. Je sais qu’on trouve cela un peu inquiétant quand on n’en a pas fait l’expérience soi-même, mais c’est sensationnel quand ça vous arrive. Et cela résoudra un tas de problèmes, croyez-moi. » (Stephen King, Écriture, p. 251)

Réduire son texte

Ça y est, vous avez écrit votre roman. Les personnages se sont débrouillés dans la situation ; ils ont créé une histoire qui était partiellement inconnue de vous. Vous tenez votre premier jet ! C’est excellent. Maintenant, placez le fossile dans une boîte et n’y touchez plus.

Laissez-le dormir au moins 6 semaines — c’est du moins le conseil du maître dans Écriture. Faites autre chose, commencez même un nouveau projet. Vous devez avoir perdu de vue votre texte avant d’y revenir. Une fois cela accompli, appliquez-vous à le relire.

Dans un premier temps, la correction est le moment de la suppression : vous pensiez avoir eu un trait de génie et celui-ci s’est révélé catastrophique à la relecture ? Sans pitié, supprimez le passage concerné ! Corrigez aussi les fautes de grammaire et d’orthographe. Modifiez les paragraphes pour donner plus de rythme.

La règle est simple : la version 2 = la version 1 moins 10 %. Relisez-vous en étant honnête avec vous-même. Si un passage ne fonctionne pas pour vous, il ne fonctionnera pas pour le lecteur.

Donner du sens

À la fin du processus d’écriture, l’écrivain doit impérativement questionner la signification de sa production, et se demander ce qu’il pourrait faire pour la rehausser, lui donner plus d’éclat.

Découvrir ce que l’on a voulu dire en écrivant, puis chercher à le rendre plus juste et plus précis, en faisant usage de symboles, de métaphores, etc., est une technique d’élévation des idées jetées sur le papier. Polissez votre fossile avant de le montrer au public.

La technique est assez aisée à exécuter :

  1. Lisez votre texte, repérez les éléments qui font sens (par rapport à vos intérêts, à l’actualité, etc.) et développez ce qui vous paraît le plus judicieux ;
  2. Ajoutez quelques touches pertinentes (éventuellement, faites usage de symboles en donnant des noms intéressants à vos personnages, etc.).

6. La critique et les voies de publication pour devenir écrivain

Stephen King est là pour vous le rappeler : il n’y a pas de roman sans critiques et sans volonté de publication. Abordons donc maintenant ce sixième et avant-dernier point d’attention.

De la porte fermée à la porte ouverte : le lecteur idéal

Une fois le travail effectué, montrez-le. L’auteur de Désolation distingue ici deux lectorats avant publication : le lecteur idéal et les amis. Le lecteur idéal est la personne pour laquelle vous écrivez secrètement et à qui vous faites suffisamment confiance pour lire la première version de votre œuvre.

Ce quelqu’un, chez King, c’est sa femme Tabitha. Votre lecteur idéal est la personne pour qui vous vous posez la question : « je me demande ce qu’il en penserait, s’il le lisait. » Le lecteur idéal peut notamment vous aider à repérer :

  • Le manque de rythme (descriptions trop longues, dialogues inutiles, etc.) ;
  • La cohérence et le « contexte » (incompréhensions sur les comportements de tel personnage, erreurs logiques, etc.).
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Stephen King et sa femme Tabitha, sa première lectrice.
Crédits photo : https://club-stephenking.fr/

Le deuxième cercle de lecteurs

Ce cercle d’amis de quatre à huit personnes vous fournira des critiques bienveillantes, mais implacables sur la version réduite (la seconde version). Sachez qu’il vous faudra parfois déchiffrer les euphémismes, surtout quand la personne n’ose pas dire qu’elle n’aime pas !

Il y a rarement consensus. Mais si tous vous disent qu’il y a un problème, c’est qu’il y en a un. Dans tous les cas, retenez ceci : retravailler un texte en fonction des opinions d’un lectorat n’a rien de déshonorant. Au contraire, puisque c’est pour être lu qu’on écrit.

Si votre lecteur idéal fait aussi partie de ce second groupe, donnez-lui un poids plus déterminant. En cas de conflit ou d’hésitation, privilégiez son avis et opérez les corrections nécessaires (ou laissez le passage intact, selon son conseil).

Publier un roman

Votre fossile a été soigné et a reçu l’avis d’experts. Vous voulez maintenant vous donner une chance de diffuser le résultat de vos efforts.

Commencez par lire des magazines dans lesquels vous voulez être publié ou des revues de critique littéraire. Vous y trouverez peut-être (c’est en tout cas une pratique courante aux États-Unis) des annonces d’agents. Si votre travail a une valeur marchande et si vous avez déjà publié, l’un d’entre eux pourra se montrer intéressé par votre production.

Si c’est votre tout premier texte, il vous faudra d’abord vous constituer du crédit. Progressivement, vous publierez dans de petites revues. Commencez sans trop exiger, mais soyez tenace. Une fois que vous aurez publié quelques nouvelles et que vous vous mettrez à l’écriture du premier roman, trouvez-vous un agent.

S’il est compétent, vous aurez l’oreille attentive de certaines maisons d’édition. Si cela ne prend pas tout de suite, ne baissez pas les bras. Certains auteurs rédigent pendant des années avant de voir leur travail publié et reconnu.

7. Écriture de Stephen King vous donnera espoir

Last but not least, voici enfin le septième point qu’il faut retenir d’Écriture de Stephen King : écrire est un métier, oui, mais c’est aussi et par-dessus tout un excellent moyen de profiter de la vie !

« La vie ne soutient pas l’art. C’est le contraire qui est vrai. »

Vous rappelez-vous l’anecdote du bureau ? En plaçant ce meuble au centre de la pièce, Stephen King avait symboliquement placé le travail au-dessus de toute autre considération. Résultat : un sentiment d’oppression et d’obligation. Tous les autres éléments de sa vie devaient désormais tourner autour de son activité de romancier.

Or, ce n’est pas du tout la bonne attitude à adopter : c’est l’écriture (ou tout autre travail) qui sert la vie, et non l’inverse. Grâce à l’écriture, vous pourrez embellir votre existence et surmonter vos problèmes. C’est aussi pourquoi Stephen King insiste tant sur l’importance de ne pas écrire uniquement pour l’argent. En fait, il n’y a pas de recette miracle pour faire des best-sellers ; vous vous tuerez à la tâche sans plaisir, oubliant que c’est la vie qui compte, avant le luxe et la volupté financière.

C’est d’ailleurs ce qui transparaît de façon poignante à la fin du livre. Tout au long de l’ouvrage, King évoque un accident qu’il a eu alors qu’il rédigeait Écriture. Mais ce n’est qu’à la fin que l’on apprend ce qui s’est passé : le maître de l’horreur s’est fait renverser par une camionnette et a bien failli mourir. Or, écrire lui a permis de tenir bon et de reprendre goût à la vie, malgré la douleur. Vous voulez en savoir plus à ce sujet ? Allez donc lire l’ouvrage. 😉

Devenir écrivain, pourquoi pas… Mais la rédaction web, dans tout ça ?

Vous connaissez désormais les 7 points à retenir du livre Écriture de Stephen King. Ils vous seront bien utiles si vous voulez, un jour, vous lancer dans la carrière d’écrivain. Ceci dit, comme on va le voir maintenant, vous pourriez tout aussi bien les mettre à profit dans votre (future) activité de rédacteur web !

Certes, me direz-vous, mais le rédacteur web écrit le plus souvent des textes informatifs ou visant à convaincre, non ? Ce à quoi je vous répondrai : sont-ils pour autant exempts de fiction ? Pensez-y à deux fois. Le storytelling, par exemple, est aujourd’hui devenu l’une des techniques de vente les plus courantes du marketing en ligne.

D’ailleurs, il existe bien d’autres points communs entre le romancier et le rédacteur web. Comme l’écrivain, il aime écrire et veut généralement faire de sa passion son métier. Il refuse de vivre seulement pour travailler : il veut que son travail lui permette d’avoir une vie plus épanouissante. N’est-ce pas le cas de tous ces digital nomads qui n’aspirent qu’à voyager et à découvrir le monde, tout en travaillant sereinement ?

D’un autre côté, le rédacteur web a, lui aussi, besoin de sa boîte à outils (vocabulaire, grammaire, style, paragraphes, etc.) pour composer des textes aérés, clairs, dynamiques et intéressants pour ses lecteurs. Comme son collègue, il doit chercher les meilleurs moyens de rester concentré en adoptant une routine organisationnelle à la fois efficace et agréable.

Bref, il y a donc beaucoup à apprendre d’Écriture de Stephen King, même si l’on ne souhaite pas devenir écrivain ; en fait, tous ceux qui souhaitent écrire peuvent suivre les pas du maître de l’horreur ! Si d’aventure, vous souhaitez en savoir plus sur ce métier original et encore peu connu de rédacteur web, n’hésitez pas à contacter l’équipe de Formation Rédaction Web et à visiter la chaîne YouTube de Lucie Rondelet.

Nicolas Delforge, ancien élève Origami 5, rédacteur web spécialisé en slow content et coach passionné pour FRW.

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